Alain Simon : "le partage des jours". Sarebruck Stadtgalerie, 2005.
Techniques mixtes sur toile, 50x50cm chaque peinture.
Ci-dessous : 3 vues d'ensemble.
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À l’art est public, nous suivions depuis longtemps le site d’Alain Simon, où chaque jour un de ses dessins était mis en ligne, depuis plusieurs années. Ce site était dénommé :

« Les dess(e)ins du jour ».

En juillet 2005, il mettait fin à ce cycle avec « le partage des jours », ensemble de 55 peintures ayant un air de ressemblance frappant avec les dessins.
interview en deux journées ci-dessous.

Notes biographiques en bas de page

Télécharger l'interview au format .pdf, en cliquant ici.


Première Journée

Christophe Tesson (C.T.) : Le "partage des jours" c'était l'apothéose des "dess(e)ins du jour", une conclusion ?

Alain Simon (A.S.) : Ni l'un ni l'autre. Car le "partage" s'est imposé naturellement, un peu comme une nécessité. Pendant un peu plus d'un mois les deux formes ont cohabité; les peintures du "partage des jours" s'appuyaient sur les dessins du jour puis, subitement les dessins ont perdu leur nécessité au profit des peintures ... en fait je suis simplement passé d'une expérience à une autre.

C.T. : Le lien entre les deux est quand même évident, non?

A.S. : Il n'y aurait jamais pu y avoir le "partage des jours" sans l'expérience des "dessins du jour". La relation au texte, indispensable dans le fonctionnement des dessins, est le lien principal entre les deux formes.

C.T. : Le rapport au texte est donc si important dans ton travail ?

A.S. : Oui, je ne peux pas concevoir de meilleure ouverture à la lecture des peintures qu'avec le texte. Le texte devient une forme complémentaire, pas vraiment dans la peinture ni complètement en dehors comme le serait une légende.

C.T. : J'avais envie, de te lancer un peu sur les dess(e)ins du jour en introduction, parce que pour faire comprendre ce travail j'aurai aimé que tu en décrives le quotidien. À quelle heure t'es tu levé pendant 3 ou 4 ans d'affilée pur mettre en ligne un dessin intéressant tous les jours?

A.S. : Je me suis lancé dans l'aventure des dessins du jour sur une simple décision, à la suite de ma rencontre avec le philosophe Pierre Plumerey (P.M.P) auteur des "idées du jour".

G.B. : C'est intéressant mais je ne connais pas ce livre. Tu peux resituer brièvement?

A.S. : Ce n'est pas un livre, c'est une expérience d'écriture qui développe une idée par jour sous la forme d'une colonne de texte dans un agenda (semainier). Nous avons correspondu pendant plus d'un an sur les moteurs de la création et sur l'évolution de nos recherches parallèles. Aujourd'hui les liens se sont resserrés et nous partageons une expérience de rencontre entre écriture, peinture et musique (avec le musicien Louis-Michel Marion) sur des périodes courtes (semaine) et sur l'espace de la page d'un site : "Avoir-lieu". Pour reparler du début des dessins du jour, je voulais savoir comment je fonctionnais dans mon travail, ce que je décidais quand j'étais fatigué, si je trichais de temps en temps quand je n'avais pas envie de travailler, quelles étaient mes sources, les moteurs, ma motivation. Très rapidement l'expérience a développé ses propres règles de fonctionnement et les limites entre ma vie et mon travail se sont atténuées jusqu'à pratiquement disparaître. C'est en ce sens qu'il n'y a pas eu de performance mais bien un processus créatif qui s'est développé tout au long de ces années.

Le tournant principal a été la mise en ligne de l'expérience.
A partir de ce moment-là les "dess(e)ins du jour" sont devenus un véritable lieu d'échange entre le regardeur (l’internaute) et moi.

C.T. : Je ne savais pas : tu as commencé à faire "un dess(e)in" par jour, avant de les mettre en ligne ? Tout est-il en ligne ?

A.S. : Les dessins ont démarré en avril 1997, se sont développés régulièrement jusqu'en 99 puis, irrégulièrement jusqu'au 16 décembre 2002 date de la création du site. Le site ne contient que les dessins depuis cette date.

C.T. : Tu dis qu'il y a eu échange, tu as vraiment eu beaucoup de réactions ?

A.S. : Oui, il y en a pas mal. Ce que je voulais t'expliquer c'est que la possibilité de gérer le site a changé énormément ma relation aux dessins. Lorsque je me suis rendu compte que j'avais un nouvel outil sous la main je me suis lancé avec un vrai enthousiasme dans l'aventure et je n'ai vraiment pas été déçu du résultat. Finalement d'un travail assez nombriliste au départ qui n'avait pas d'autre ambition que de rester dans mes cartons je commençais à en percevoir un sens partageable.
L'idée était simple : partager au fur et à mesure et en temps réel l'évolution des dessins, partager les hésitations voire les revirements et, par là même assister à ce qui se crée tous les jours, toutes les semaines.

Gaële Braun (G.B.) : C'est drôle j'ai l'impression de te connaître un peu plus qu'il n'y parait

A.S. : Par les réponses que je donne ?

G.B. : oui entre autre, mais aussi ton site.

A.S. : oui, on se dévoile beaucoup au fil du temps même si l'intention est de ne livrer que ce qui peut avoir une résonance avec le regardeur et sortir des anecdotes.

C.T. : Et pourtant : je crois avoir compris que les "légendes" sous le premier dess(e)in induisait le dessin suivant, et qu'au final chaque semaine il s'en dégageait une micro narration dont le sens n'apparaissait que le dimanche... C'était ça le fonctionnement ?

A.S. : Oui, le sens de la semaine n'apparaissait souvent qu'après plusieurs jours d'errance. Quelquefois le sens final n'apparaissait que le dimanche.

G.B. : Alain, tu parlais d'échange, et c'est vrai que montrer son travail au jour le jour à des gens qui ne font pas forcément partie de ton cercle familier c'est une ouverture sur ton propre travail, est-ce que c'est de cette manière que tu entendais « échange »?

A.S. : oui, je considère mes peintures ou mes dessins comme étant le lieu de l'échange, l'espace commun entre le regardeur et moi.

C.T. : l'échange était plus avec ton site qu'avec les spectateurs de ton site ?

A.S. : Je ne pense pas avoir échangé quoi que ce soit avec le site. Pour moi c'est un outil comme un autre. Dans l'exemple des dessins il me permettait de travailler en temps réel avec les spectateurs et, quelque part, de me mettre en danger.
Le site est tombé en panne une fois pendant plusieurs jours. Le contact était rompu et j'ai fortement senti le danger de cette coupure. En deux jours je me suis retrouvé "dans le noir" et j'ai nettement senti que la nécessité des dessins s'estompait. J'ai eu peur d'arrêter les dessins et cela m'a paniqué. Le vendredi la liaison est revenue. La semaine s'appelle
"interruption".


Alain Simon : "le partage des jours". Sarebruck Stadtgalerie, 2005.
Techniques mixtes sur toile, 50x50cm chaque peinture.
Ci-dessous : Tentative de reconstruction infographique.


C.T. : Toujours est-il qu'au bout de huit ans de travail journalier, il s'est passé quelque chose : "le partage des jours". Comment est né ce projet ? On te l’a demandé pour la galerie où il a été exposé, ou au contraire tu l'as proposé ?

A.S. : Depuis plusieurs mois je cherchais une solution pour poursuivre le travail des dessins avec les moyens de la peinture. On pourra revenir plus tard sur le fonctionnement des dessins du jour car il y a vraiment beaucoup de choses à dire. Mon problème c'était que je ne savais pas comment ne pas perdre la dimension du texte ?

Mes premiers essais furent assez peu concluants. Je ne sortais pas d'une peinture, réalisée le dimanche, qui accompagnait ou terminait une semaine de dessins mais sans texte. J'ai saisi l'opportunité de ma sélection au prix Robert Schuman pour proposer en guise de participation une expérience (avec les moyens de la peinture) à vivre et à partager sur 60 jours : le "partage des jours".

Ce fut, comme à la naissance du site des dessins, l'événement que j'attendais.

C'est pour cette raison que j'écrivais plus haut que le "partage" n'est pas l'apothéose des dessins ni une conclusion mais bien une nécessité. L'électrochoc nécessaire au renouvellement des formes, des règles du jeu. Ce qui est assez incroyable c'est que je suis toujours dans cette logique induite par le « partage des jours ». Aujourd'hui la peinture que j'ai faite s'appelle "partage 130".

C.T. : Partage 130 ?

A.S. : Il y a eu 55 peintures au jour le jour pendant la réalisation du "partage des jours" elles portent toutes le nom "partage + le n° d'ordre". À la suite du "partage des jours" je me suis retrouvé avec un bouillonnement incroyable dans la tête tellement cette expérience avait ouvert de perspectives et d'envies diverses.

Dès que le "partage des jours" a été installé à la Stadtgalerie de Sarrebruck je me suis lancé dans une nouvelle expérience basée sur des périodes courtes (la semaine) et des relations créatives avec Louis-Michel Marion contrebassiste d'improvisation et le philosophe Pierre Plumerey. Les peintures réalisées dans ce cadre ont gardé le nom de "partage + le n° d'ordre".

Il y a maintenant 130 peintures de format 50x50 cm depuis le 1er jour du partage en juin 2005.
Mais ceci est déjà une autre histoire...

C.T. : J'y reviens, comment ça se passe une journée d'Alain Simon. Je ne recherche ni le sensationnel ni la performance, j'aimerai comprendre...

A.S. : Les dessins du jour étaient réalisés le jour même entre minuit et seize heures pour être en ligne le moins tard possible et pour garder une certaine liberté d'action. Ce qui me semblait important c'était de garder du temps entre deux dessins, pour pouvoir penser à ce que j'allais faire, pouvoir tourner autour de l'idée. Je passais donc pas mal de temps dans l'atelier sans dessiner. Le dessin venait à un moment ou à un autre, quelquefois je me laissais le temps de le reprendre mais le plus souvent il était en ligne quelques minutes après sa réalisation.

Les jours où je devais me déplacer (pour mes cours à l'école des beaux-arts par exemple) je travaillais de nuit.


Sur le « Partage des jours »

Alain Simon : "le partage des jours". Sarebruck Stadtgalerie, 2005.
Techniques mixtes sur toile, 50x50cm chaque peinture.
Ci-dessous : 55 détails.
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C.T. : Le partage des jours a été installé dans un angle de mur. Ça s'est produit comment ? Quelle influence cet angle a-t-il eu sur les peintures ?

A.S. : L'angle du mur était prévu dans le tout premier projet. Je voulais une installation qui englobe l'espace du visiteur, quelque chose qui, après une première vision de loin, lui permette d'être dans l'espace de la peinture. C'est possible avec un espace frontal, c'est mieux en angle.

Les deux espaces en angle représentaient une des dimensions expérimentales du "partage" tel que je l'imaginais comme espace expérimental : à droite les "mauvais jours" à gauche les "bons jours".

C.T. : C'est seulement ce principe qui a réglé la composition ? Ou as tu triché un peu ?

A.S. : Quand on regarde la maquette du projet, on voit comme c'est différent et proche à la fois. C'est tout l'intérêt de l'expérience que de se laisser surprendre par ce qui se passe. Toujours est-il que pour ce projet j'avais imaginé un protocole très détaillé.

C.T. : C'est curieux, tu as mis le bon à "senestre" et le mauvais à "dextre"

A.S. : Oui, c'est vrai mais si on regarde bien on se rend compte que ce n'est pas aussi simple et qu'il y a plein d'inversions et de jeux divers entre les peintures qui trouvaient une place à droite et celles qui trouvaient une place à gauche. C’est ce qui fait aussi l'intérêt du "partage".

J'aime assez jouer avec l'idée qu'il y ait une règle du jeu à la base de l'élaboration d'une peinture. J'avais donc imaginé pour pour le "partage des jours" une sorte de logique de fonctionnement, un protocole qui guiderait chacune de mes journées de peinture.

G.B. : Est-ce que c'est récurent dans ton travail, les protocoles?

A.S. : Je crois que oui. Il y a en tous cas toujours eu des règles du jeu. Cette idée me rassure car elle implique une certaine logique dans l'organisation des peintures, dans la formation de groupes en "familles d'éléments" et dans les possibilités de les assembler. Avec le "partage des jours" chaque peinture est étroitement liée au jour qui la voit naître et à l'ensemble de l'assemblage.

G.B. : est-ce que l'inversion dont tu parlais plus haut est liée à un fonctionnement plastique qui ne convenait pas, as-tu alors changé ta règle?

A.S. : Oui tout à fait ! Mais je le savais au départ; les règles sont faites aussi pour être transgressées.

C’est, à mon sens, tout l'intérêt d'une expérience plastique au regard du concept qui la génère. Un aller-retour salutaire et toujours surprenant.

Deuxième Journée


C.T. : À propos du texte dans les peintures, tu voulais compléter...

A.S. : C’est un des points importants du fonctionnement des peintures. Depuis l'expérience des "dess(e)ins du jour" la compréhension des peintures résulte de la relation étroite qu'il y a entre ce qui est pensé, ce qui est fait et ce qui est vu. Les mots sont là pour compléter le dispositif.

C.T. : C'est un peu obscur pour moi... Par exemple, j'arrive à me figurer le rôle du texte dans les desseins du jour, mais je n'arrive plus à voir leur utilité dans les peintures du "partage des jours".

A.S. : La lecture des "dessins du jour" se faisait de façon assez linéaire. Les légendes se suivaient en fonction d'une lecture induite. Comme le disait Gaële il y avait très souvent une suite logique dans les choix des mots, les mots rebondissaient l'un par rapport à l'autre jusqu'à former le sens général de la semaine. Les mots développaient leur propos sans qu'il y ait redondance avec les dessins. Ils parlaient de ce que je faisais, de ce que je voyais, des problèmes qui apparaissaient au fur et à mesure que naissait le sens de la semaine. La fonction des mots était d'induire une lecture qui inclut des informations de ce qui se passe autour des dessins et de leur naissance.

Quand j'ai commencé à réfléchir au projet du "partage des jours" je me suis heurté à la difficulté de trouver le moyen de ne pas perdre cette dimension. Je voulais que la lecture de chaque peinture se fasse autant par ce qui est perçu de l'image que par la pensée liée à ce qui est peint ou au moment de la peinture.

Les mots dans les "dessins du jour" pouvaient développer une logique parallèle à celle, plus plastique, des dessins. Par exemple une semaine de dessins pouvait se développer à partir de l'observation d'un objet. Les dessins s'enrichissaient au fur et à mesure qu'ils apparaissaient sur la feuille de papier selon une logique plastique d'équilibre des formes, de choix des moyens etc. En parallèle les mots donnaient des informations sur la difficulté de suivre une idée, de garder une cohérence dans le propos… Entre les dessins et les légendes se déroulaient deux histoires complémentaires qui induisaient une lecture singulière de la semaine. (on pourrait citer la semaine «en pilotage automatique » en exemple)

Les peintures du "partage des jours" fonctionnent selon un principe non linéaire. Les relations entre les mots sont multiples et aléatoires mais forment des parcours dont le sens apparaît au fur et à mesure de la lecture.

C.T. : Tout ton protocole, tout ton travail, tout ton système, suppose, littéralement, qu'on entre dans la ronde, non? Sinon, on en est définitivement exclu ?

A.S. : Oui, c'est vrai. Il faut entrer dans le "partage", ne serait-ce que quelques minutes pour qu'un parcours se développe. La perception que l'on a d'une certaine distance, celle qui permet d'englober l'ensemble, est celle d'une peinture composée en angle. L'impression est celle que produit une composition de grand format, avec un équilibre et des sollicitations visuelles sombres et claires, une forme ouverte dans l'espace de la galerie. La perception de loin inclut l'idée d'une mise en relation des deux panneaux, un côté plutôt sombre et un côté plutôt clair mais avec une perméabilité entre les deux. 

Il faut donc s'approcher du "partage" pour que le dialogue mots/peinture existe. A partir de là le parcours singulier commence à se former. On saute de l'image aux mots mais aussi des mots aux mots et d'une image à l'autre.

Ce que tu suggérais tout à l'heure à propos de la non linéarité est particulièrement juste.

G.B. : est ce que  le tout premier texte était une résurgence des dessins? Ou vient il directement de la première peinture? De l'œuf ou de la poule, lequel est le premier?

A.S. : On touche au problème fondamental de la relation au texte des peintures. Le tout premier texte du partage était une résurgence des "dessins". Le premier texte a donc marqué l'engagement comme l’affirmait, chaque lundi, le premier dessin de la semaine. Quand je commence une peinture je m'engage dans une expérience, celle de la peinture.

G.B. : Quel était ce texte ?

A.S. : Quand j'ai commencé "le partage" la première peinture a porté naturellement le texte : «commencer par le début». Mais, et c'est là toute la différence, j'ai placé cette peinture au centre du dispositif et non en haut et à gauche comme je l'aurais fait avec les dessins.
C'est, pour moi, ce que je pouvais faire de plus décidé en terme d'engagement : mettre la première peinture au centre du dispositif et à gauche, du côté que je voulais lier à une vision positive du "partage"

G.B. : est ce que cette peinture est au bout du compte une construction en spirale? Ou est ce juste une histoire de cœur du sujet ?

A.S. : non, mais en y pensant après coup, la spirale aurait trouvé sa logique pour engager le processus.

G.B. : je précise ma pensée : même si pour le regardeur le cheminement est très libre pour entrer dans ta composition, pour toi il est très différent ? Est ce que tu avais en tête ton propre cheminement, peut être différent de celui de la figure de la spirale?

A.S. : Oui, sans doute. Je ne perds jamais de vue que je suis en train de composer une peinture. Le rapport à l'espace est très important et quand je commence une peinture ma relation à l'espace de cette peinture est déterminant. "Commencer par le début" c'est aussi s'approprier cet espace. Placer ce premier élément au centre m'a semblé naturel.
La deuxième peinture a suivi tout simplement dans cette idée de dialogue et d'équilibre que je recherchais.

G.B. : quelle est  sa position, finalement? Est ce qu'elle fait partie d'une figure qui ouvre l'espace ou pas du tout?

A.S. : Entre ces deux peintures on peut parler encore de lecture à  fonctionnement linéaire. Elle se situe en continuité l'une par rapport à l'autre et de part et d'autre de la ligne d'angle. Les textes sont eux aussi en continuité "commencer par le début" et "suivre le mouvement". On voit tout de suite en quoi le fonctionnement des "dessins" a guidé mes premiers pas.
Dès le troisième jour cette lecture linéaire a été remise en cause. Par rapport à l'ensemble, donc, seuls ces premiers éléments et, peut-être aussi les derniers sont liés au fonctionnement des "dessins".

G.B. : donc pas de figure, juste de la composition à partir de ce moment?

A.S. : Nous sommes dans un processus de peinture qui se développe dans le temps et dans l'espace. Quand je peins j'ai sous les yeux ce qui a déjà été peint (les formes, les couleurs, la lumière, les mots...) en même temps que l'occupation de l'espace par ces éléments de peinture. La composition évolue au fur et à mesure mais elle n'est pas ma seule préoccupation.
Ce qui m'intéresse particulièrement dans cette expérience de peinture c'est justement son développement au fur et à mesure et les questions du dialogue des formes et des mots que cela induit. Chaque jour du "partage" cherchait à dialoguer avec ce qui était déjà en place. Les éléments de l'image étaient induits par les formes et les couleurs déjà en place mais aussi par l'environnement proche (l'atelier, les objets, les photos, les dessins...). On est là dans un processus connu de peinture où une peinture se nourrit des autres peintures visibles dans l'atelier, ou de ce qui a été peint précédemment. Le choix des mots résulte également de cette proximité. J’ai sous les yeux les mots des jours précédents qui induisent, eux aussi, une suite en forme de complément opposé (ou pas) bref, une logique de pensée. Quand je peins et que je nomme les peintures par des mots je n'ai pas l'impression d'être différent en attitude de celle de n'importe quel peintre. La différence est dans la mise à plat de toutes ces strates liées à la réalisation d'une peinture : ce que je pense, ce que je fais, ce qui me guide, ce que je donne à voir...

C.T. : Merci Monsieur Alain pour ta patience !

A.S. : et la tienne donc !

C.T. : Tu vas te remettre au travail maintenant ?

A.S. : je ne sais pas encore... j'avais laissé une grande étendue de peinture verte avec beaucoup d'eau sur la toile... je vais voir si c'est sec.

G.B. : bonne nuit Alain.

Propos recueillis par Christophe Tesson et Gaële Braun en deux sessions MSN. Janvier Février 2006.


Notes biographiques

Alain Simon, 51 ans en 2006, vit et travaille à Maxéville en Loraine et enseigne en tant que plasticien à « l’École de l’Image » d’Épinal depuis 1987 (École Supérieure d'Art).

Représenté par la Galerie Akié Arichi (Paris), il a été vu en expositions personnelles et collectives en France, Allemagne, Luxembourg, et Japon, ainsi  qu’en diverses foires d’art contemporain : SAGA (Paris) Artcologne (Köln) NICAF (Tokyo) etc.

Trois des huit années de « dess(e)ins du jour » sont toujours visibles dans lesquat.com
http://www.lesquat.com/alainsimon/

et partiellement dans « le-terrier.net »
http://www.le-terrier.net/alainsimon/accueil.htm

L’expérience « avoir lieu » y est également mise en ligne à cette adresse :
http://www.lesquat.com/alainsimon/avoirlieu/

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