.

Après le long entretien consacré à Mohamed Rachdi, dans le numéro de juillet, il paraissait naturel de donner la parole aux dix-sept femmes artistes conviées à participer à l’exposition de Notre Dame de Montataire : « les puits du désir ».
L’exercice se révèle plus périlleux que prévu. Si certaines répondent d’emblée dans le ton didactique revendiqué par «l’art est public», d’autres filent une continuité écrite de leur travail, ou opposent directement un refus de répondre. Ci-dessous, les réponses reçues dans l’ordre chronologique. ct.
Lire également : [entretien avec Mohamed Rachdi première partie - deuxième partie]
Ci dessous le verbatim des entretiens avec toutes les artistes qui ont bien voulu répondre.
Christophe Tesson (C.T.) : Pouvez vous décrire en quelques lignes votre "puits du désir":
Delphine Bloc (D.B.) :
Le puits est pour moi la source , l'endroit où l'on puise; quelle serait la source du désir? en l'associant au puits j'y vois quelque chose de religieux: Marie Madeleine au bord du puits, l'eau, le christ...

C.T.
: Par quel chemin, quelles idées, quelles prémisses êtes vous passée pour en arriver à ce puits?
D.B. : D'abord un puits c'est un rond, il y a la margelle, l'eau au fond ( la source) d'où le choix du cadre rond et parce que c'est ma technique"habituelle"un fond en contreplaqué sur lequel deux vitres se superposent; ensuite je voulais une femme ( je suis mon modèle) épousant la forme du puits donc en rond, en boule comme un chat endormi, le dessin "non fini" est une forme d'ébauche comme le désir un prémisse. Le serpent enroulé, peint sur verre dans son "vivarium" évoque le maléfice, l'aspect dangereux du désir. La phrase écrite avec des mots inversés à décoder: "christ if my love were in my arms" renvoie au religieux; love à l'amour pour le désir; arms pour le corps l'aspect charnel du désir et enfin christ pour le caractère religieux associé au puits.

C.T. : C’est curieux, si on intervertit vos deux réponses, votre propos devient plus clair. Précisément qu'avez vous posé dans le fond de votre puits ?
D.B. : C'est effectivement curieux... Et si on intervertissait vos deux questions ?...
Au fond du puits...
- matériellement : il y a une boîte-vitrine ;
- conceptuellement : oh mon dieu ! ... peut-être le fin du tréfonds du fonds du fin fonds de mon inconscient (dont je n'ai pas les clés)... Sinon merci ; tout va bien.

C.T. : Je ne demandais surtout pas de concept. Est-ce délibéré de votre part d'oublier de parler des branches de sapin, au fond de votre puits ?
D.B. :
Oui bien entendu les branches de sapin sont tombés de mes mains et ont été cueillies au préalable avec soin dans un jardin; en tant qu'élément plastique elles me convenaient pour le rythme et la couleur qu'elles apportent et, du reste leur piquant s'associait bien à la piqûre du serpent.

Claudie Dadu (C.D.) :Merci, en effet il semble logique de voir figurer  le point de vue des artistes qui participent aux puits du désir, donc voici mes réponses à vos questions.

C.T. : Pouvez vous décrire en quelques lignes votre "puits du désir":
C.D. : LHOOO : Une vie des O, Une vidéo vue d’en haut. 
Au bord du puit : voir dans un trou et non pas boire comme un trou.
C.T. : Ça n'était pas le sens de ma question. "L'art est public", tente d'être une revue de vulagarisation. Pouvez faire un descriptif simple de votre installation, pour qu'un lecteur, qui n'a pas vu l'expo, et n'est pas spécialiste de l'art contemporain, puisse imaginer, même grossièrement, ce que vous avez fabriqué ?

C.D. : C’est une vidéo installée au fond du cylindre métallique, l’image est contenue dans la forme d’un disque. Seule l’image est  visible au fond, pour que le regardeur ait la sensation d’avoir l’œil  plongé dans le trou d’une lunette. Le puits devient le corps de cette lunette.

C.T. :
Par quel chemin, quelles idées, quelles prémisses êtes vous passée pour en arriver à ce puits?

J’ai tout de suite pensé à une vidéo, peut-être en imaginant un puits, au fond, le reflet à la surface de  l’eau : une image qui bouge ?
Au début, je me suis posée la question de «la profondeur» et la question du «comment voir dans ce trou»… Le regard indiscret, interdit qui sous entend un désir érotique caché, dans le trou de la serrure, dans le trou de la  lunette…et celui qui évoque un désir de connaissance en plongeant dans l’immensité du cosmos par la lunette du télescope ou en cherchant la petite bête dans celle du microscope.
J’aime jouer avec l’ambiguïté entre les différentes sortes de désirs et les croisements des regards.
La représentation du corps entre sphère privée et espace public est au cœur de ma recherche plastique.
En revenant à la profondeur, je me suis souvenue de la phrase de Paul Valery: «Ce qu’il y a de plus profond dans l’homme c’est sa peau »
J’ai donc pensé, pour commencer cette vidéo, à effleurer avec l’objectif  la surface d’une peau parsemée de « graines de beauté » résidus de peau, pris dans le glacis du Bain turc de Ingres(Ingres 1. 2. beauté !) : passage  entrecoupé d’une séquence où l’on voit la fabrication de ces petites boulettes avec et sur ma peau…
Ensuite, j’ai eu envie de poursuivre avec d’autres séquences dans le même esprit de mélange de corps réels, des peintures du passé, de dessins, d’installations et d’éléments résiduels de mon corps : Cheveux, peau, sang menstruel... Par exemple,(image ci-contre) cette installation sur le torse glabre d’un chinois, de mes mèches de cheveux qui forment la lettre Mao  (Mao  signifie aussi poil). Ou encore un dessin érotique ayant quelques cheveux pour traits.
Ce mélange et cette vision dans le trou de la lunette occasionnent des illusions d’Optique, où on peut même se demander à un certain moment d’une séquence : Mais bon sang, dans quel con est plantée cette fleur ? avant d’apercevoir le tableau de Courbet : l’Origine du monde, c’est une œuvre  de référence citée aussi par Mohamed Rachdi,
Au cœur de l’été, les puits : De l’O, de l’air chaud, de la vapeur….
Ouf, se rafraîchir avec un éventail destiné aux femmes ayant leurs vapeurs, parce qu’ elle a chaud au haut, LHOOO, là, Marcel ton Q a perdu sa petite queue hors Du champ. Enfin c’est la vie des O…! bon, encore un clin d’œil aux OOO…

NB: Claudie Dadu, a dans un premier jet, donné d'autres réponses : lire ces premières réponses ici.

Gaële Braun a également joint des croquis à sa réponse :
croquis informatique,
photo de maquette :

C.T. : Pouvez vous décrire en quelques lignes votre "puits du désir" ?
Gaële Braun (G.B.) :
Le Titre en est "L’objet du désir." Un léger halo de lumière s’échappe du couvercle percé du puits. En s’approchant on distingue la silhouette d’un objet qui a l’air de flotter au dessus du fond.
Une source lumineuse, placée en dessous de cet objet, éclaire un cône qui l’entoure.
Sa matière réfléchit la lumière et la diffuse jusqu’en haut du fût. Cette source reste cachée, seul son effet est visible. Ainsi l’objet (du désir) ne peut être que deviné, car il apparaît en contre jour, gardant ainsi son caractère mystérieux, il ressemble à un trou noir. De même, l’objet qui semble accessible est pourtant impossible à saisir lorsqu’on allonge le bras par l’orifice central, pourtant prévu à cet effet.

C.T. : Par quel chemin, quelles idées, quelles prémisses êtes vous passée pour en arriver à ce puits ?
G.B. :
J'avais  envie de travailler sur le fait même d'avoir du désir pour ce qui est installé dans le puits, quelque chose d'inaccessible, qui doit le rester sous peine de se perdre, la question que je me posais alors était : doit-on tout connaître de cet objet tant convoité ?
Je voulais trouver un moyen visuel simple de parler du désir, des questions qu’il soulève, que l’on retrouve aussi bien en psychologie qu’en philosophie.
J’ai cherché un objet désincarné qui pouvait traduire cette idée, la forme s’est imposée comme étant naturelle et symboliquement porteuse : une sphère, objet qui me semblait le plus universel. Le couvercle s’est enrichit grâce au texte que j’ai écrit à ce moment là à Mohamed.
Lorsque j'écrivais ce texte descriptif, je pensais à ce tableau de Nicolas Poussin : Eliézer et Rébecca (Huile sur toile, 118x197, 1648, Musée du Louvre, Paris). Toutes ces représentations de femme forment à elles seules un seul et même pilier, qu’on peut interpréter de manière architecturale, sociétale et théologique, au propre comme au figuré et spirituellement, le pilier, (ou le fût – puits) avait de multiples analyses possibles et je sentais le lien avec mon installation.

Ce tableau me ramenait directement à l’oasis, à sa lumière et à ses ombres, ce qui est vu, aperçu, caché, comme pour le désir. Le travail de Mohamed, sa culture, le lieu même de l’exposition avec ses colonnes et son clair-obscur changeant, tout pour moi concordait, la boucle était bouclée.
Ainsi, le couvercle est à la fois une évocation de sous vêtement féminin et un élément architectural. C’est ce qui a déterminé les matériaux et la « dentelle moucharabieh ». Il est transformé par des brûlures qui lui donnent un toucher cassant, en opposition à la matière du satin. Ces brûlures rondes, sont amalgamées en cercles, eux-mêmes disposés en spirale. Ce dessin en spirale ramène le regard au centre, sur ce qu’on va trouver à l’intérieur : l’objet du désir, mais surtout sa source que l’on ne peut pas voir, mais juste sentir sa présence par l’effet qu’elle produit. Ce lien entre la source et l’effet est présent dans le reste de mon travail.

C.T. : Je suis surpris, vous utilisez des outils informatiques pour modéliser votre travail. Est-ce une pratique courante ? Cela vous a-t-il aidé à réaliser votre puits, ou simplement à le présenter ?
G.B. : Un peu des deux, j'avais besoin de pouvoir tourner autour et regarder si la lumière jouait bien son rôle sans que j'en aperçoive la source. En fait cela m'a permis d'anticiper les problèmes de fonctionnement et de proportion sans être prise au dépourvu.
Il n'y a que peu de temps que j'utilise ce logiciel, bien que je sois assez lente sur sa manipulation, ça me tranquillise énormément, ça me permet une fois sur place d'avoir plus de disponibilité pour réagir aux événements créatifs qui se présentent à moi, sans être stressée, ça me laisse du temps et de la disponibilité d'esprit pour tirer parti au maximum de l'installation projetée. C'est aussi une forme de dialogue, comme le texte, qui me permet de mettre mes idées au clair, de prendre des décisions.
Le modèle informatique est un élément de travail qui présente un côté fini, comme un objet ou un dessin, ça fait partie du travail même si je ne le montre que rarement.

C.T. : Pourquoi ne pas le montrer ? Vous ne l'utilisez jamais dans les "pièces" que vous exposez ?
G.B. :
Pour l'instant je n'ai pas eu d'occasion propice, d'autre part j'y pense mais pas comme des pièces séparées et complémentaires, je cherche un moyen de les intégrer plus directement au reste du travail.
Laurence Medori : Bonjour christophe tesson
souhaites repondre avec les doc. envoyés à Mohamed Rachdi suite au montage de mon puits, lui demander de vous les communiquer, merci.
ils sont en format jpg si j'ai bonne mémoire. Ce sont deux montages avec images et note descriptive.
je suis en chine jusqu'au 10 juillet dans d'autres puits de fables. cordialement. [Voir les éléments de réponse : image 1 - image 2]

C.T. : Pouvez vous décrire en quelques lignes votre "puits du désir" ?
Maryline Beauplet-Dornic (M.B-D.) :
Un grand miroir circulaire est posé au fond du puits. De la margelle sont suspendus des fils de nylon auxquels sont fixés de petits miroirs carrés, de 15 cm de côté. Les miroirs sont orientés vers le haut. À leur envers sont collées des photographies en couleurs reproduisant des morceaux de peaux, fragments de corps dont le cadrage ne permet pas toujours de comprendre ce qu’on y voit. Les miroirs sont ainsi suspendus à différentes hauteurs et différents endroits du puits. L’ensemble ne peut être vu que de haut, le spectateur se penchant pour regarder dans le puits. Ce qu’il voit alors lui semble d’abord confus. Des reflets du plafond de l’église aux morceaux de corps à découvrir en passant par son propre reflet, il lui faut un temps avant de rencontrer l’œuvre.
C.T. :
Par quel chemin, quelles idées, quelles prémisses êtes vous passée pour en arriver à ce puits ?
M.B-D. : L’idée de la rencontre m’a tout de suite intéressée dans ce projet Les puits du désir. Car c’était pour moi l’occasion de rencontrer Mohamed Rachdi, ainsi que celle d’aller à la rencontre d’autres artistes invitées, par le biais de nos œuvres. J’ai donc cherché à mêler dans mon travail la rencontre et le désir.
Le « puits » lui-même m’a posé problème. D’habitude, mes productions prennent place au sol ou sur des murs, en tout cas sur des surfaces planes et droites. Le puits, avec sa surface incurvée, m’a obligée à travailler autrement. Je me suis donné comme objectif d’utiliser l’espace contenu par le puits, plutôt que les surfaces de son fond ou de sa paroi.
J’ai d’abord pensé à empiler des fragments de photos d’un corps masculin au fond du puits, les faisant ainsi s’élever (s’ériger ?) vers le haut. D’autres fragments de photographies, d’un corps féminin ceux-là auraient été suspendus depuis le haut du puits, enfilés comme des perles sur leur fil de nylon. J’aurais alors voulu que les colonnes (homme) et les suspensions (femme) se rencontrent dans l’espace du puits, tendent les unes vers les autres, se frôlent, se touchent, presque.
Et puis cette idée ne me convint pas tout à fait. Ce qu’on en aurait vu du haut du puits n’aurait pas été satisfaisant.
Utiliser des miroirs m’aura permis par la suite de proposer au spectateur une rencontre entre son propre corps — par son reflet dans les miroirs — et le mien  — grâce aux photographies — ainsi qu’entre le puits lui-même et son espace d’installation : l’église Notre Dame de Montataire.

C.T. : C’est donc une proposition très réfléchie et très étayée qui répond point par point à la demande. Cette extrême pertinence est-ce l’intelligence de votre propos, ou alors, avez-vous répondu bien sagement ? Avez-vous traversé « dans les clous ? ».

M.B-D :
Pas évidente cette question ! Ai-je traversé dans les clous ? Oui sans doute, même si la question ne s’est pas posée pour moi de traverser en-dehors.
Le projet de Mohamed Rachdi avait ceci de particulier qu’il donnait aux artistes des contraintes de travail. Un puits : cet espace particulier, une thématique : le désir.
Or il se trouve que la contrainte — qu’elle me soit imposée par autrui ou que je me l’impose à moi-même ­— est au cœur de ma pratique et de mes réflexions. La contrainte est, presque toujours, un moteur pour mon travail. Elle me donne un cadre au sein duquel tout est possible sans pour autant partir dans tous les sens. Elle me permet de concentrer ma réflexion sur un problème à la fois.J’aime bien l’idée qu’une œuvre soit simple et efficace. C’est l’objectif que je m’étais fixé ici, et si les contraintes données par Mohamed au départ — notamment l’espace du cylindre — ont pu me poser quelques problèmes, je crois qu’au final elle m’ont permis de produire quelque chose d’intéressant, et surtout totalement différent de ma pratique habituelle.
C.T. : Pouvez vous décrire en quelques lignes votre "puits du désir" ?

Dominique Renson (D.R.) : Quand je peins, ce n'est ni un concept, ni une idée mais un désir.

C.T. : Justement, vous venez de répondre par un concept. Je ne vous demandais ni concept, ni idée, mais une description. On a au moins compris qu'il s'agissait de peinture. Vous avez peint le puits, autour, dedans, le fond ? C'est seulement une question pour savoir ce que vous avez exposé, guère plus.

[pas de réponse]

C.T. : Pouvez vous décrire en quelques lignes votre "puits du désir" ?

Agnès Gomez (A.G.) :
Mon puits est une installation constituée d’une sculpture de papier polychrome : la « Sirène Formol », déposée sur un fond noir à l’intérieur d’un cylindre métallique de 80 cm de diamètre.
[...] Le papier journal collé sur une structure de grillage répond à un souci d’engagement politique et poétique à la fois, lequel anime tout mon travail.
C.T. : Excusez moi, je ne comprends sincèrement pas pourquoi la technique du papier mâché marque un «engagement politique et poétique». Pouvez vous nous éclairer sur ce point ?
A.G. :
[...] le fait d’employer du papier journal pour créer une sculpture au lieu d’une quelconque matière précieuse ou «noble» est un geste politique. On peut parler d’Ecologie si vous voulez. [...]

C.T. : Par quel chemin, quelles idées, quelles prémisses êtes vous passée pour en arriver à ce puits ?
A.G. :
Comme chez d’autres artistes, mon travail est une sédimentation de thèmes et de motifs, au travers de supports variés : dessins, volumes, installations, et les sources de l’iconographie que je manipule sont très diverses, l’art Zen, la poésie, la littérature, les événements politiques, le rock, le blues, le cinéma, l’histoire de l’art occidental. [...]

NB : les réponses d'Agnès Gomez ont été résumées sur cette page. Lire ici le texte intégral


C.T. : Pouvez vous décrire en quelques lignes votre "puits du désir" ?

Natalie Lamotte (N.L.) :
Il s’agit d’une forme peinte sur un plexiglas de 250 de haut sur 122 de large qui sort d’un cylindre.
C’est une forme ambiguë ni figurative ni abstraite en rapport avec le corps et son intimité.
Toujours prépondérante dans mon travail, la couleur, vivante, part d’un rouge pour progresser dans la complexité des rouges, carmin, rose, fuchsia, violet.
C.T. : Par quel chemin, quelles idées, quelles prémisses êtes vous passée pour en arriver à ce puits ?
N.L. :
Comme toujours dans mon travail aucune image n’est pré-définie, aucun dessin préparatoire. Juste une concentration longue, autour du support posé au sol, je tourne autour, m’approprie la surface, son étendue, sa profondeur. C’est comme une danse, une préparation physique et mentale avant de transposer/transporter cette forme qui va sortir de mon espace intérieur.

Je veux jouer sur les ambiguïtés que me suggère le titre de l’expo « le puit du désir » c’est l’eau, l’humain, la vie, le rouge, le féminin, la circulation, la transparence, le masculin, la profondeur, la verticalité, les réseaux, la violence, la douceur…. .
L’utilisation du plexiglas comme support s’est donc imposé car il combine par sa transparence à la fois profondeur et frontalité. Cela me parait important par rapport à la thématique du puits du désir où on joue sur une multitude de sens, à la fois plastiques et narratifs.
Il était important également que l’on puisse circuler autour de l’installation pour avoir plusieurs points de vue et sensations, pousser l’idée de circulation de la peinture sur le support à celle de l’humain qui tourne autour et découvre plusieurs façons de voir et de sentir.
C.T. : "transposer [votre] espace interieur". Cela suppose-t-il que votre public se limite d'entrée de jeux aux personnes qui ont des affinités avec cet espace interieur ?
N.L. : Cet espace intérieur est universel, il appartient à tout être vivant, du fait qu'il circule en chacun d'entre nous, il peut parler à chacun, il suffit de se laisser emporter.Je le cherche en moi et chez les autres, c'est plus du domaine de l'expérimentation, de l'échange, du partage, aller chercher, peindre, exprimer ce qu'on ne sait pas de nous. J'essaie d'apporter à celui qui regarde un point de vue sur  notre corps, notre peau, nos sens, émotions, reflexions. Je ne cherche pas des affinités avec tous, c'est déjà impossible en tant qu'être vivant alors en peinture! 

C.T. : Pouvez vous décrire en quelques lignes votre "puits du désir" ?

Claire Dignocourt (C.D.) :
Quelques photos sont posées sur du sable avec une petite plante. Ces photos sont prises en forêt, elles évoquent des fragments de corps.

C.T. : Par quel chemin, quelles idées, quelles prémisses êtes vous passée pour en arriver à ce puits ?
C.D. : Mohamed et moi, avions le désir de montrer des photos de cette série. La difficulté était d'investir ce puits, moi qui pratique habituellement des accrochages plus traditionnels. Ma première idée était de présenter ces photos sur du sable avec un arbre à piments. Puis, une deuxième était de les présenter sur un volume hexagonal en caisson lumineux, le six étant le chiffre de l'amoureux. Assez vite ce dispositif m'a semblé lourd, et je suis revenue à l'idée du départ. Le sable et la petite plante, l'oubli et la renaissance comme pauses du désir sur lesquels reposent mes images...érotiques?
C.T. : Pouvez vous décrire en quelques lignes votre "puits du désir" ?

Lynn Schwartz (L.S.) :
Mon puits est d'abord un travail d'impression sur papier, précisément de la linogravure, de l’encre noire sur divers papiers blancs. Au fond du puits on voit les premières estampes : des épreuves et des recherches écrites sur le mot imprimé y sont roulées.
L’estampe finale, une linogravure imprimée sur un rouleau de deux mètres cinquante, est fixée sur une bande que le public peut faire tourner avec une poignée pour faire monter et descendre les mots.
Les épreuves ont été faites dans l’atelier de gravure de l’Espace Matisse, à Creil. Quant à l'impression finale je l'ai faite chez moi, en me servant d’une bouteille du champagne au dos du papier sur la matrice imprimante.
À force de tracer et de graver la police de caractère originale n’est plus reconnaissable. Cependant il faut savoir que j'ai travaillé à partir d'une police appelée « Problem Secretary ».

C.T. : Par quel chemin, quelles idées, quelles prémisses êtes vous passée pour en arriver à ce puits ?
L.S. :
Pour moi les mots puits et désir évoquent des lieux que j'aime… Des lieux qui me réconfortent, ou me mettent en tête l'idée d'un chez-moi. En me demandant : « qu’est-ce que je désire ? Qu’est-ce qu'il me manque ? » il m'est venu cette cascade de mots… et le désir de tous les graver…
Pour moi ces lettres ne sont pas seulement là pour communiquer leur sens en tant que signe.
L’écriture est aussi une série de petits dessins. Chaque lettre ou chaque mot peut être regardé comme un dessin en soi.
Pour trouver l'idée de mon puits j'ai commencé avec des croquis et j'ai fini par écrire
une sorte de monologue intérieur, (in a « Stream of consciousness » way) en réponse au mot désir.
Comme le désir est lié pour moi à un manque, je pensais à ma langue maternelle, à des montagnes, je pensais au calme et à l’immensité des espaces de l'ouest.
Tout cela m’a d’abord donné envie de partir, puis de rester, et enfin de trouver un moyen ici sur place, de vivre un peu de ce calme et de cet espace, avec des mots.
L'installation dans le puits est une mise en scène des mots.
Je voulais évoquer aussi la nature spirituelle des mes désirs, en faisant un rouleau qui fait penser aux rouleau de prière. Les longs papiers qui tombent des deux côtés du texte sont des allusions aux habits de certain religieux.
Daphné Le Sergent (D.L.S.) : Bonjour,  voici ma contribtion a l'enquête. bien cordialement

C.T. : Pouvez vous décrire en quelques lignes votre "puits du désir" ?

D.L.S. : À l'intérieur du puit, de l'eau: le puit que j'ai investi contient un moniteur qui diffuse une vidéo où l'on peut voir un aquarium. Deux vers marins se disputent le territoire, mais petit  à petit, on voit apparaitre le reflet de mon visage sur la vitre ainsi que ma main tenant la caméra: mes doigts se tiennent dans le prolongement des corps des vers marins.
C.T. : Par quel chemin, quelles idées, quelles prémisses êtes vous passée pour en arriver à ce puits ?

D.L.S. : Il y avait plein de pistes au départ, mais nous avons gardé avec Mohamed celle de la vidéo. Je crois que l'idée l'a séduit: puit, doigt, ver...tout cela diffusait quelque chose d'assez connoté, spécialement près du désir.
C. Béatrice : Bonjour,
1.Description de mon "puits du désir"
a) Les oeufs. [...] b) Le nid [...] c) Les plumes roses [...]
2. Pour en arriver à ce puits j'en suis passée par les chemins, les idées, les prémisses suivants : J'ai tout de suite voulu appeler mon installation : "l'angE et l'oiE dans l'oisE" = 3 oeufs
Au départ, je voulais faire flotter trois lettres E  dans un liquide rose.

NB : les réponses de C.Béatrice ont été résumées sur cette page. Lire ici le texte intégral
C.T. : Pouvez vous décrire en quelques lignes votre "puits du désir" ?
Geneviève Guétemme (G.G.) :
Mohamed Rachdi a voulu que chaque « intervention extérieure » se base sur l'idée du puits et y associe les tensions du désir. Il s'agit d'une commande à laquelle j'ai accepté de répondre en plaçant les « cartes » que je produits habituellement à disposition du public. L'idée est de satisfaire le désir de toucher et de s'approprier ce qui nous séduit en laissant le public puiser «au sens propre» et « épuiser » le stock d'images mis à sa disposition.
Cela paraît peut-être facile mais j'avais depuis longtemps envie de «semer à tous vents», de voir si mes images pouvaient attirer l'attention et plus particulièrement la convoitise. J'espère qu'à la fin de l'exposition, le puits sera vide.
C.T. : Par quel chemin, quelles idées, quelles prémisses êtes vous passée pour en arriver à ce puits ?

G.G. : J'ai eu jusqu'à présent, très peu de contact avec le public. Les images produites sont le résultat d'une longue démarche sur les différents statuts de l'image : dessin, photographie, éléments naturels (feuille, empreinte) que je combine et dont je teste les différents «niveaux» de réalité.  Chaque image est d'abord un dessin réalisé sur des «carnets» à partir de règles strictes, ensuite j'y ajoute des éléments «hétérogènes» puis tout est mis à plat sous le scanner et recombiné à l'aide de l'ordinateur. L'impression permet enfin de proposer différents types de réception : le livre, le tirage grand format, la carte à jouer. Les « cartes » accumulée dans le puits correspondent à un «état» de ma production. Elles ont été réalisées sur plusieurs années et correspondent à différents projets. Chacun devrait y trouver son bonheur.
Je commence maintenant à travailler différemment : je produit toujours une matrice mais celle-ci est elle-même déjà très morcelée et il me faut trouver de nouveaux moyens de diffusion. Ce puits et l"éparpillement matériel de son contenu marque un passage, un abandon de l"accumulation pour d"autres types de traces plus fluides et plus légères.

C.T. : Pouvez vous décrire en quelques lignes votre "puits du désir" ?
Tatiana Cruz (T.C.) : L’installation que je propose se situe au fond de l’église, dans une « petite salle » à côté de l’autel.
Cette pièce est sombre, une légère lumière rentre par des petites fenêtres protégées par un grillage couvert sur certaines parties, par des plantes qui envahissent le lieu.
Lorsque le spectateur découvre l’installation, il est dans un premier temps face à une statue de la vierge qui regarde à l’intérieur du puit. Le visage est éclairé par la lumière projetée par la vidéo qui se trouve au fond du puit.

Lorsque le spectateur rentre dans la pièce, il découvre d’autres sculptures : une autre vierge et un saint. Il est également enveloppé par le son de la vidéo. On identifie des chants, des paroles en français et en espagnol qui correspondent à des extraits de passage de la bible, de prières, de poèmes, mais aussi des mots qui parlent du désir, désir charnel, désir de vie mais aussi de péché et de pardon.
La vidéo, très courte, est constituée d’images de reflets du ciel sur l’eau, des images de l’église, de son architecture et ses sculptures et l’image du sein d’une femme (un rappel entre le sein de la Vierge qui donne du lait à Jésus, un sein nourricier et le sein de la femme désirable).
Un miroir est situé également sur le plafond, le spectateur peut découvrir ainsi sur sa tête, le reflet de son image, de la vidéo et  de l’installation.


C.T. : Par quel chemin, quelles idées, quelles prémisses êtes vous passée pour en arriver à ce puits ?
T.C. :
Il était pour moi fondamental de connaître le lieu où j’allais faire l’installation. Je savais déjà que ma vidéo allait avoir du son et je ne voulais pas perturber le regard des autres installations. Il fallait donc un lieu à part, d’où le choix de cette pièce dans la tour droite.
De plus, connaître le lieu d’exposition permet de réfléchir sur l’œuvre même : son sens, sa perception, sa lecture sont déterminés par l’environnement où celle-ci est exposée.
Pour cette exposition, le thème proposé «les puits du désir » aurait eu à mes yeux une interprétation différente si celle-ci n’avait pas eu lieu dans une église, même si cette église n’est plus utilisée exclusivement comme lieu de culte.
Comment faire une proposition plastique sur le thème du désir dans une église et celle-ci racontée par des femmes ?
Mes sources ont été très variées, elles sont d’ordre religieux - des passages bibliques, des prières – d’ordre poétique et personnel.
J’ai étudié la position de la femme par rapport au péché et le désir en tenant compte du symbole de la vierge et du sein.
J’ai aussi largement réfléchi sur l’objet même du puit et la notion du reflet sur l’eau qui est renversé dans mon installation par le miroir qui est situé au plafond. Ainsi, on ne regarde plus uniquement vers le bas, mais aussi vers le haut.
Elodie Barthélémy n'a pas répondu aux questions
Cécile Massart n'a pas répondu aux questions

Ci dessous les liens vers les sites internet des artistes, ou des liens vers des sites pertinents.

Propos recueillis par e-mail, par Christophe Tesson, © "l'art est public" juin 2006


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